{"id":2004,"date":"2015-02-24T11:56:21","date_gmt":"2015-02-24T10:56:21","guid":{"rendered":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/?p=2004"},"modified":"2022-10-27T15:20:09","modified_gmt":"2022-10-27T13:20:09","slug":"michael-snow-wavelenght-1966-67","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/?p=2004","title":{"rendered":"WAVELENGHT, Micha\u00ebl Snow (1966-67)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Gr\u00e2ce \u00e0 <em>Wavelenght<\/em> (1966-67), couronn\u00e9 lors du Grand Prix du Festival international du film exp\u00e9rimental de Knokke-le-Zoute en 1968, Michael Snow acquiert une v\u00e9ritable notori\u00e9t\u00e9 en tant que cin\u00e9aste. Les premi\u00e8res minutes de Wavelenght donnent \u00e0 voir une pi\u00e8ce en plan d\u2019ensemble, en l\u00e9g\u00e8re plong\u00e9e dans un atelier\u00a0: au fond de la pi\u00e8ce un bureau et sa chaise, \u00e9quip\u00e9 d\u2019une radio et d\u2019un t\u00e9l\u00e9phone\u00a0; en face une autre chaise avec, au-dessus, quelques photos fix\u00e9es au mur. Le mur est perc\u00e9 de deux grandes fen\u00eatres qui donnent sur la rue. Le sol est recouvert d\u2019un plancher,\u00a0 au plafond, deux n\u00e9ons \u00e9clairent la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/wp-content\/uploads\/Wavelenght.jpg\" alt=\"\" width=\"262\" height=\"192\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux hommes viennent d\u00e9poser une \u00e9tag\u00e8re\u00a0: le son est synchrone\u00a0; les bruits de la rue sont entendus en synchronisation. Nous sommes dans la r\u00e9alit\u00e9. Mais voici que quelque chose se passe\u00a0: l\u2019image bouge, progressivement, le cadre se resserre, nous nous approchons des fen\u00eatres. Comme le dit Michael Snow, \u00ab\u00a0un lent mouvement de zoom trace devant le spectateur son destin et le destin du film\u00a0\u00bb. Le son synchrone est remplac\u00e9 par un bourdonnement, une onde sinuso\u00efdale qu\u2019aucun rythme ne vient perturber, qui se d\u00e9place tout doucement vers l\u2019aigu et recouvre d\u00e8s lors tout le film. Une lente progression gravit les fr\u00e9quences du spectre sonore de quatre mille \u00e0 douze mille Hz.<br \/>Pendant que le zoom se resserre, la pi\u00e8ce traverse le jour puis la nuit. La temporalit\u00e9 est boulevers\u00e9e\u00a0; plusieurs petites sc\u00e8nes distinctes ont lieu, dont un meurtre entendu hors champ ainsi que plusieurs d\u00e9m\u00e9nagements. Ces sayn\u00e8tes ne sont pas reli\u00e9es entre elles sur le plan narratif. Inlassablement le zoom se poursuit pendant plus de 40 minutes, traversant toute la pi\u00e8ce pour s\u2019achever sur un plan resserr\u00e9 d\u2019une photographie de vagues accroch\u00e9e au mur entre les deux fen\u00eatres \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du portrait d\u2019une Walking Woman.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/wp-content\/uploads\/Wavelenght picture.jpg\" alt=\"\" width=\"442\" height=\"329\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un entretien, Michael Snow a confi\u00e9 qu\u2019il avait cherch\u00e9 \u00e0 trouver un \u00e9quivalent sonore au mouvement du zoom de la cam\u00e9ra. Au d\u00e9part, il avait pens\u00e9 jouer sur la dynamique du son et r\u00e9aliser un crescendo en partant d\u2019un son tr\u00e8s t\u00e9nu qui aboutisse \u00e0 un son tr\u00e8s fort. Mais la dur\u00e9e du film, quarante minutes, ne permettait pas de concr\u00e9tiser cette id\u00e9e. Il a alors l\u2019id\u00e9e de cr\u00e9er un son qui puisse franchir toutes les fr\u00e9quences du spectre dans les limites de la bande passante de la piste optique. \u00ab\u00a0Il y a comme un effet cosmique, qui appara\u00eet dans cette id\u00e9e, un peu comme le sujet du film qui questionne la r\u00e9alit\u00e9 de la repr\u00e9sentation cin\u00e9matographique \u00bb. Michael Snow cherche \u00e0 opposer la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019image et du son \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019illusion sur l\u2019\u00e9cran. Le film dirige le spectateur vers cette question\u00a0: \u00ab\u00a0Si ce n\u2019est pas une chambre que je vois sur l\u2019\u00e9cran alors qu\u2019est-ce que c\u2019est\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/wp-content\/uploads\/Wavelenght red.jpg\" alt=\"\" width=\"263\" height=\"191\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre cette fr\u00e9quence sonore et la photographie des vagues, il s\u2019effectue en premier lieu un rapprochement s\u00e9mantique par l\u2019entremise du mot Wave. <em>Wavelenght<\/em> signifie en effet autant \u00ab\u00a0longueur d\u2019onde\u00a0\u00bb que litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0dur\u00e9e de vague\u00a0\u00bb, autrement dit le temps qu\u2019il faut pour parvenir jusqu\u2019aux vagues ou bien, plus m\u00e9taphoriquement, l\u2019unique mouvement de cam\u00e9ra qui se jette vers l\u2019avant serait lui-m\u00eame une vague qui d\u00e9ferle tr\u00e8s longtemps. \u00ab\u00a0Il y a \u00e9galement une force cosmique dans <em>Wavelenght<\/em>, quelque chose qui touche au temps \u00e0 l\u2019\u00e9chelle humaine, mais \u00e9galement quelque chose qui le d\u00e9passe\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9coulement normal du temps est mat\u00e9rialis\u00e9 par le son direct tandis que les dilatations temporelles ne sont signifi\u00e9es que par la fr\u00e9quence ascensionnelle. Dans <em>Wavelenght<\/em>, le trucage employ\u00e9, donnant \u00e0 voir un zoom r\u00e9gulier, n\u2019est en fait qu\u2019une succession de sc\u00e8nes film\u00e9es et d\u2019instants photographiques reli\u00e9s entre eux. Avec ce dispositif, Michael Snow cherche \u00e0 toucher aux fondements m\u00eame du septi\u00e8me art,\u00a0en d\u00e9montrant que le cin\u00e9ma n\u2019est pas autre chose que de la photographie, du son et du temps.<\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Wavelength (1967. 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