{"id":515,"date":"2014-09-03T10:08:38","date_gmt":"2014-09-03T08:08:38","guid":{"rendered":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/?p=515"},"modified":"2014-12-27T15:29:19","modified_gmt":"2014-12-27T14:29:19","slug":"le-laboratoire-de-louie-de-dziga-vertov","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/?p=515","title":{"rendered":"LE LABORATOIRE DE L&rsquo;OUIE de Dziga Vertov (1916)"},"content":{"rendered":"<p><strong>DZIGA VERTOV ET LE LABORATOIRE DE L&#39;OUIE (1916)<br \/>\n\t<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" alt=\"\" height=\"437\" src=\"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/wp-content\/uploads\/laboratoire de louie.jpg\" width=\"548\" \/><\/p>\n<p>Photogramme tir&eacute; de <em>L&#39;homme &agrave; la cam&eacute;ra<\/em> (1928) &copy; Lobster Film<\/p>\n<p>\n\tPendant la premi&egrave;re guerre mondiale, les id&eacute;es futuristes de Maiakovski et de ses amis gagnent les grandes villes artistiques sovi&eacute;tiques comme Petrograd (Saint Petersbourg) et influencent un jeune po&egrave;te et musicien, Denis Arkadievitch Kaufman, davantage connu aujourd&rsquo;hui sous le nom de Dziga Vertov. En russe, le pr&eacute;nom&nbsp;Dziga est une d&eacute;formation de Denis et se r&eacute;f&egrave;re au mot ukrainien qui veut dire toupie, mais aussi &agrave; Tzigane, peuple &eacute;ternel errant. Vertov est d&eacute;riv&eacute; du verbe russe &laquo;&nbsp;vertet&nbsp;&raquo; qui signifie &laquo;&nbsp;tourner, pivoter, tournoyer &raquo;. Dziga Vertov peut alors &eacute;tonnamment prendre le sens de &laquo;&nbsp;Mouvement perp&eacute;tuel&nbsp;&raquo;. Vertov poursuit alors parall&egrave;lement des &eacute;tudes de m&eacute;decine et de musique et admire beaucoup les futuristes russes. <br \/>\n\t&laquo;&nbsp;Traversons ensemble une grande capitale moderne, les oreilles plus attentives que les yeux&hellip;&nbsp;&raquo; d&eacute;clare Russolo, une pens&eacute;e qui semble avoir &eacute;galement anim&eacute; le cin&eacute;aste russe bien qu&rsquo;il ne connaisse pas l&rsquo;existence des recherches du musicien futuriste. En 1916, Dziga Vertov fonde &agrave; l&rsquo;&acirc;ge de vingt ans un &laquo;&nbsp;laboratoire de l&rsquo;ou&iuml;e&nbsp;&raquo; afin d&rsquo;exp&eacute;rimenter le montage des sons par le biais du phonographe. Dans un texte intitul&eacute; &laquo;&nbsp;Naissance du cin&eacute;-&oelig;il&nbsp;&raquo; publi&eacute; dans Articles, journaux, projets, coll. &laquo; 10\/18 &raquo;, il d&eacute;clare : &laquo; Et voici qu&rsquo;un jour de printemps 1918, je rentre de la gare. J&rsquo;ai encore aux oreilles les soupirs, le bruit du train qui s&rsquo;&eacute;loigne&hellip; quelqu&rsquo;un jure&hellip; un baiser&hellip; quelqu&rsquo;un s&rsquo;exclame&hellip; Rire, sifflet, voix, coups de la cloche de la gare, hal&egrave;tement de la locomotive&hellip; Murmures, appels, adieux&hellip; Je pense chemin faisant : il faut que je finisse par d&eacute;gotter un appareil qui ne d&eacute;crive pas mais inscrive, photographie ces sons. Sinon, impossible de les organiser, de les monter. Ils s&rsquo;enfuient comme fuit le temps.&nbsp;&raquo;S&rsquo;agissait-il pour lui de r&eacute;aliser de simples &laquo;&nbsp;sonographies&nbsp;&raquo; ou bien de monter, d&rsquo;articuler entre eux, mettre en rythme les divers bruits pr&eacute;lev&eacute;s &agrave; la r&eacute;alit&eacute;&nbsp;? Nul document ne l&rsquo;atteste &agrave; ce jour, mis &agrave; part les &eacute;crits de Georges Sadoul, assez vagues en ce qui concerne le r&eacute;el travail effectu&eacute; &agrave; partir de cette mati&egrave;re sonore.<br \/>\n\t&laquo;&nbsp;Vertov pratique le montage d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments sonores dans ce laboratoire de l&rsquo;ou&iuml;e dont il est le seul chercheur. Il dispose d&rsquo;un Path&eacute;phone &agrave; pavillon mod&egrave;le 1900 ou 1910. Avec ce phonographe tr&egrave;s primitif Vertov enregistre et combine des sons de machines, de cascades etc. pour tenter de cr&eacute;er ce que nous appelons aujourd&rsquo;hui la musique concr&egrave;te (&#8230;)&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\tPour r&eacute;aliser ses exp&eacute;riences sonores, Dziga Vertov se voit logiquement oblig&eacute; de transporter son appareil enregistreur sur les lieux choisis pour leur qualit&eacute; acoustique, orienter ensuite le pavillon du phonographe en direction de la source convoit&eacute;e afin d&rsquo;en fixer le mouvement ondulatoire dans la cire d&rsquo;un cylindre ou d&rsquo;un disque. Gr&acirc;ce &agrave; ce Path&eacute;phone lecteur et enregistreur, le jeune musicien enregistre toutes sortes de bruits divers&nbsp;: scieries m&eacute;caniques, torrents, machines en mouvement, conversation, etc. tentant de cr&eacute;er ensuite par leur agencement, leur montage, leur organisation, une sorte de&nbsp;nouvelle musique.<\/p>\n<p>\tSadoul &eacute;voque sans &eacute;quivoque &laquo;&nbsp;le montage&nbsp;d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments sonores &raquo; et la &laquo;&nbsp;combinaison de sons &raquo;. Or, il n&rsquo;existe qu&rsquo;une seule possibilit&eacute; en 1916 pour r&eacute;aliser ce type de construction&nbsp;: le montage &agrave; la source &ndash; que l&rsquo;on peut assimiler au montage cam&eacute;ra &ndash; o&ugrave; l&rsquo;assemblage s&rsquo;effectue au moment de l&rsquo;acquisition par enregistrement successif de bruits. Il s&rsquo;agit l&agrave; tr&egrave;s certainement de la technique employ&eacute;e par Vertov &agrave; laquelle il est possible d&rsquo;adjoindre le tuilage, techniquement envisageable par r&eacute;-enregistrement, bien que celui-ci provoque une augmentation consid&eacute;rable du bruit de fond. Vertov imagine-t-il la combinaison de sons selon une construction horizontale, ou bien cherche-t-il &agrave; travailler verticalement afin de cr&eacute;er des polyphonies de bruits&nbsp;? Il est plausible que Vertov, ne poss&eacute;dant qu&rsquo;une seule machine, pratique le montage au moment de la prise de son et ne puisse pas effectuer de repiquage. De plus, la manipulation du phonographe n&rsquo;autorisant pas de contr&ocirc;le v&eacute;ritablement pr&eacute;cis du montage, il est probable qu&rsquo;une grande part de l&rsquo;&eacute;laboration soit laiss&eacute;e au hasard, ce qui laisse songeur quant &agrave; la qualit&eacute; des articulations, et la valeur musicale des montages de Vertov. L&rsquo;impr&eacute;cision des propos de Sadoul se manifeste &eacute;galement lorsqu&rsquo;il mentionne que Vertov a &laquo;&nbsp;tent&eacute; de cr&eacute;er ce qu&rsquo;on appelle aujourd&rsquo;hui la musique concr&egrave;te &raquo;. Bien que les premi&egrave;res ann&eacute;es de la musique concr&egrave;te de 1948 &agrave; 1950 s&rsquo;&eacute;laborent, comme les exp&eacute;riences de Vertov dans son laboratoire de l&rsquo;ou&iuml;e, &agrave; partir de la gravure sur disques souples, l&rsquo;Etude aux chemins de fer, premi&egrave;re des Etudes de bruits de Pierre Schaeffer, prend toutefois en compte la possibilit&eacute; de transformer le son&nbsp;en postproduction par le ralentissement, l&rsquo;acc&eacute;l&eacute;ration, l&rsquo;inversion du son et le bouclage, gr&acirc;ce &agrave; la technique du sillon ferm&eacute;. Sur ce point pr&eacute;cis, Georges Sadoul ne d&eacute;livre aucune information distincte quant &agrave; la technique adopt&eacute;e par Vertov, ni sur la qualit&eacute; de sa production sonore. Rien non plus ne vient confirmer si l&rsquo;id&eacute;e de la transformation des sons est envisag&eacute;e au moment de la prise de son, ni m&ecirc;me si celle-ci est envisag&eacute;e tout court.<\/p>\n<p>\tSi Russolo avec ses instruments bruiteurs concentre ses travaux sonores de mani&egrave;re &laquo;&nbsp;non imitative&nbsp;&raquo;, il en va tout autrement de Dziga Vertov qui con&ccedil;oit le bruit comme une r&eacute;alit&eacute; concr&egrave;te. Son laboratoire de l&rsquo;ou&iuml;e le conduit d&rsquo;ailleurs &agrave; une repr&eacute;sentation auditive de la &laquo;&nbsp;v&eacute;rit&eacute;&nbsp;&raquo; &agrave; travers la th&eacute;orie du &laquo;&nbsp;radio-oreille&nbsp;&raquo; qu&rsquo;il d&eacute;veloppe dans un souci rigoureux de restituer une objectivit&eacute; auditive. <br \/>\n\tSelon Georges Sadoul, Dziga Vertov put, pour ses exp&eacute;riences, prendre l&rsquo;Art des bruits de Luigi Russolo comme mod&egrave;le, mais &agrave; la diff&eacute;rence fondamentale qu&rsquo;il refusa les instruments &laquo;&nbsp;imitatifs&nbsp;&raquo; pour employer l&rsquo;enregistrement de sons r&eacute;els. Nous savons aujourd&rsquo;hui que Vertov n&rsquo;avait pas connaissance des travaux de Russolo. Georges Sadoul montre toutefois que Dziga Vertov utilisait des &eacute;l&eacute;ments express&eacute;ment catalogu&eacute;s trois ans plus t&ocirc;t par Luigi Russolo&nbsp;comme des cascades, des moteurs, ou encore des scies m&eacute;caniques. Quels autres sons naturels ou citadins que ceux r&eacute;pertori&eacute;s par Russolo pouvaient attirer la curiosit&eacute; d&rsquo;un musicien futuriste comme Dziga Vertov sans recoupement possible&nbsp;? De toute &eacute;vidence, son emploi du phonographe &ndash; et donc la fixation du son sur un quelconque support, disques en cire, rouleaux ou cylindres &ndash; se d&eacute;marque tr&egrave;s nettement de la d&eacute;marche de son homologue italien qui s&rsquo;attache &agrave; reproduire les bruits m&eacute;caniquement. L&rsquo;emploi d&rsquo;un instrument enregistreur lui apporte d&rsquo;embl&eacute;e une forme &laquo;&nbsp;d&rsquo;objectivit&eacute;&nbsp;&raquo;, une approche de la r&eacute;alit&eacute; sonore qui deviendra par la suite la d&eacute;finition m&ecirc;me de son approche cin&eacute;matographique&nbsp;: le Kino Pravda, le &laquo;&nbsp;cin&eacute;ma-v&eacute;rit&eacute; &raquo;.<br \/>\n\tToujours selon Georges Sadoul, Dziga Vertov pratique &eacute;galement dans son laboratoire de l&rsquo;ou&iuml;e le montage de st&eacute;nogrammes et le montage de mots, plus directement en rapport avec le langage et la po&eacute;sie, dans le m&ecirc;me esprit que les &laquo;&nbsp;po&egrave;tes phonographistes &raquo;. Cette derni&egrave;re technique lui sert notamment pour constituer certains po&egrave;mes&nbsp;tels Je vois, ou Start (1917).<\/p>\n<p>\tQuelle est l&rsquo;ampleur des recherches de Vertov dans ce domaine&nbsp;? Existe-t-il encore des fragments de son travail&nbsp;? Dans quel &eacute;tat&nbsp;de conservation ? Ces questions demeurent pour l&rsquo;instant sans r&eacute;ponse. Il semble que ces exp&eacute;riences d&rsquo;esprit futuriste ont &eacute;t&eacute; assez br&egrave;ves et rudimentaires et sont rest&eacute;es, faute de moyens techniques, sans grande retomb&eacute;e sur le plan musical. <br \/>\n\t&laquo;&nbsp;Travaillant &agrave; partir d&rsquo;un enregistreur sur disque en cire, Vertov cherche &agrave; enregistrer des bruits aussi bien &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur du studio afin de les rassembler dans des compositions enti&egrave;rement nouvelles. Il tentait ainsi de cr&eacute;er les symphonies concr&egrave;tes qui seront entendues dans ses films des ann&eacute;es 30, et qui seraient techniquement r&eacute;alisables par les compositeurs avec l&rsquo;introduction du magn&eacute;tophone &agrave; bande dans les ann&eacute;es 40. Le r&eacute;sultat obtenu avec l&rsquo;&eacute;quipement disponible en 1917 devait &ecirc;tre d&eacute;courageant. En d&eacute;finitive,&nbsp;cette &eacute;tape a servi de pr&eacute;paration au jeune artiste d&eacute;&ccedil;u pour l&rsquo;essai d&rsquo;un autre m&eacute;dia &raquo;.<\/p>\n<p>\tCes exp&eacute;riences ont une grande importance en tant qu&rsquo;&eacute;tape dans le d&eacute;veloppement d&rsquo;une pens&eacute;e cr&eacute;atrice et ont servi de base aux recherches ult&eacute;rieures du cin&eacute;aste. Cette id&eacute;e de montage en liaison directe avec le montage cin&eacute;matographique devient en effet centrale, lorsque Vertov se voit confier, &agrave; partir de 1919, le montage des films d&rsquo;actualit&eacute; re&ccedil;us de toute la Russie o&ugrave; la guerre civile fait rage.<\/p>\n<p>Voici reconstitu&eacute; un extrait des exp&eacute;riences sonores de Vertov dans son laboratoire de l&#39;ou&iuml;e<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><iframe loading=\"lazy\" allowfullscreen=\"\" frameborder=\"0\" height=\"315\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/XNB4OAeCuU8\" width=\"560\"><\/iframe><\/p>\n<p>Deuxi&egrave;me extrait reconstitu&eacute;.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><iframe loading=\"lazy\" allowfullscreen=\"\" frameborder=\"0\" height=\"315\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/iXRBaHTOfYM\" width=\"560\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le laboratoire de l&rsquo;ouie de Dziga Vertov, pr\u00e9misses de la musique concr\u00e8te.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3,55,7,6,103],"tags":[100,159,112,87,28,109,135],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/515"}],"collection":[{"href":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=515"}],"version-history":[{"count":20,"href":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/515\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1878,"href":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/515\/revisions\/1878"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=515"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=515"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=515"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}