{"id":858,"date":"2012-01-29T12:18:55","date_gmt":"2012-01-29T11:18:55","guid":{"rendered":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/?p=858"},"modified":"2014-09-03T09:55:44","modified_gmt":"2014-09-03T07:55:44","slug":"oracle-de-robert-rauschenberg-1962-65","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/?p=858","title":{"rendered":"ORACLE de Robert Rauschenberg (1962-65)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" alt=\"\" height=\"152\" src=\"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/wp-content\/uploads\/Oracle.jpg\" width=\"331\" \/><\/p>\n<p>Robert Rauschenberg (Port Arthur, Etats-Unis, 1925), ORACLE, 1962 &ndash; 1965.<br \/>\n\tT&ocirc;le galvanis&eacute;e, eau et son.<br \/>\n\t236 x 450 x 400 cm.<br \/>\n\tBilly Kl&uuml;ver, ing&eacute;nieur du son, a install&eacute; le syst&egrave;me &eacute;lectro-m&eacute;canique.<br \/>\n\tDon de M. et Mme Pierre Schlumberger en 1976 au mus&eacute;e d&#39;art moderne Georges Pompidou.<br \/>\n\tBaignoire avec douche (178 x 115 x 60 cm), escalier (149 x 140 cm), montant de fen&ecirc;tre (158 x 236 x 47 cm), porti&egrave;re de voiture (160 x 133 x 85 cm), tuyau (143 x 116 x 73 cm).<\/p>\n<p>\tDans les ann&eacute;es 1950, Rauschenberg d&eacute;veloppe une pratique fond&eacute;e sur le collage d&#39;objets divers emprunt&eacute;s &agrave; diff&eacute;rents domaines de l&#39;exp&eacute;rience et de la culture. R&eacute;alis&eacute;e en collaboration avec Billy Kl&uuml;ver, Oracle est une sculpture en cinq &eacute;l&eacute;ments constitu&eacute;s d&#39;un assemblage d&#39;objets de r&eacute;cup&eacute;ration (porti&egrave;re de voiture, conduits de ventilation, fen&ecirc;tre, baignoire avec douche, escalier) appartenant au monde de la technologie quotidienne, auxquels est int&eacute;gr&eacute; un syst&egrave;me de radios captant diverses &eacute;missions du lieu o&ugrave; est pr&eacute;sent&eacute; la pi&egrave;ce. les cinq &eacute;l&eacute;ments ont chacun une structure et un fonctionnement particuliers. proches de certaines sculpture de Tinguely, cet environnement de machiner vivant leur vie propre est plus tragique que ludique. pr&eacute;sent&eacute;e en 1965 &agrave; la galerie L&eacute;o Castelli (NYC), cette oeuvre &eacute;tait con&ccedil;ue comme une oeuvre interactive : les spectateurs se mouvaient &agrave; l&#39;int&eacute;rieur des &eacute;l&eacute;ments et pouvaient modifier les programmes radio. Chacun des &eacute;l&eacute;ments comportent une batterie, un post-r&eacute;cepteur et un haut-parleur.<br \/>\n\tOracle est une sculpture interactive. Les r&eacute;cepteurs balayaient les longueurs d&#39;onde des radios New-yorkaises ; t&eacute;l&eacute;command&eacute; par le spectateur, un moteur permettait de passer selon une vitesse variable d&#39;une longueur d&#39;onde &agrave; une autre, comme pour prendre au pi&egrave;ge les messages sonores d&#39;une ville. Les bruits de la m&eacute;tropole moderne constituent ici un mat&eacute;riau sonore dont le public, arm&eacute; d&#39;une t&eacute;l&eacute;commande, pouvait faire varier la vitesse.<br \/>\n\tChaque morceau mobile de sculpture contient un moteur. Ce moteur d&eacute;place sans interruption le cadran d&#39;une radio sur la bande AM. Le visiteur peut commander la vitesse du moteur et le niveau sonore de la radio dans chaque partie de la sculpture en tournant les boutons.<br \/>\n\tCe projet est le r&eacute;sultat de trois ans de collaboration entre Rauschenberg et Billy Kl&uuml;ver.<br \/>\n\tL&#39;&oelig;uvre a &eacute;t&eacute; pr&eacute;sent&eacute;e pour la premi&egrave;re fois &agrave; la galerie Leo Castelli en 1965 et &agrave; l&#39;exposition &laquo;&nbsp;The machine as seen at the end of the mechanical age&nbsp;&raquo; (&laquo;&nbsp;La machines consid&eacute;r&eacute;e &agrave; la fin de l&#39;&egrave;re m&eacute;canique&nbsp;&raquo;) organis&eacute;e pas Pontus Hulten au mus&eacute;e d&#39;art moderne de la ville de New-York.<br \/>\n\tIci, la sculpture est compos&eacute;e de l&#39;utile hors d&#39;usage.<br \/>\n\tDans cette &oelig;uvre, Robert Rauschenberg m&ecirc;le art et technologie. Il ne voit pas la technologie comme une force &agrave; &eacute;viter ou l&#39;influence de la d&eacute;shumanisation de la soci&eacute;t&eacute;1. Pour lui, la technologie est la &laquo;&nbsp;nature contemporaine&nbsp;&raquo;2 et il repr&eacute;sente souvent les interactions hommes \/ machines dans son travail. Pour lui, les probl&egrave;mes environnementaux ou l&#39;industrie militaire grandissante ne peuvent &ecirc;tre r&eacute;solus par &agrave; un retour &agrave; un mode de vie plus simple.<br \/>\n\tLes &eacute;l&eacute;ments qui composent l&#39;installation sont autant d&#39;objets de r&eacute;cup&eacute;ration (baignoire avec douche, escalier, montant de fen&ecirc;tre, porti&egrave;re de voiture, conduits de ventilation), appartenant au monde de la &laquo;&nbsp;technologie quotidienne&nbsp;&raquo;. Des objets banales, quotidiens, sortis de leur contexte, soustraits au r&ocirc;le socialement codifi&eacute;s.<br \/>\n\tCes objets &laquo;&nbsp;pr&eacute;caires&nbsp;&raquo; contrastent avec la technologie avanc&eacute;e de l&#39;installation sonore con&ccedil;ue par Kl&uuml;ver.<br \/>\n\tL&#39;esprit de collaboration marque le style de Robert Rauschenberg. Avec Kl&uuml;ver, il voit la participation du travail de l&#39;ing&eacute;nieur &agrave; celui de l&#39;artiste comme la solution pour un monde plus humain.<br \/>\n\tAinsi, il cr&eacute;e avec Kl&uuml;ver (ing&eacute;nieur), Robert Whitman (artiste) et Fred Waldhauer (ing&eacute;nieur) l&#39;Experiments in Arts and Technologie (E.A.T.), une association permanente dans laquelle des artistes et des scientifiques m&ecirc;lent leur travail sous le patronage industriel. L&#39;organisme est destin&eacute; &agrave; orienter les recherches des artistes dans les nouvelles technologies.<br \/>\n\tComme eux, les futuristes italiens, les constructivistes russes ou encore les artistes du Bauhaus s&#39;&eacute;taient d&eacute;j&agrave; tourn&eacute;s vers l&#39;industrie pour exprimer leurs id&eacute;es.<br \/>\n\tRauschenberg commence &agrave; assembler les pi&egrave;ces pour Oracle d&egrave;s le d&eacute;but 1962, pendant que Kl&uuml;ver cr&eacute;e le syst&egrave;me sonore. Rauschenberg lui demande de concevoir un syst&egrave;me contr&ocirc;lable par le spectateur.<br \/>\n\tKl&uuml;ver installe des radios dans chaque partie de la sculpture. Chaque radio capte des bribes d&#39;&eacute;missions de toutes les radios de la bande A.M de New York (la F.M &eacute;tait trop &laquo;&nbsp;high-class&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;&eacute;sot&eacute;rique&nbsp;&raquo; pour Rauschenberg.)3.<br \/>\n\tLa collaboration entre Rauschenberg et Kl&uuml;ver pour Oracle aura dur&eacute; trois ans.<br \/>\n\tPour &eacute;viter de c&acirc;bler entre les sculptures, un signal est &eacute;mis depuis un panneau de contr&ocirc;le central situ&eacute; dans une des sculptures qui est relay&eacute; par un petit transmetteur et qui commande les autres.<br \/>\n\tLes objets, les mots, la musique se m&ecirc;lent. Rauschenberg trouvait que &laquo;&nbsp;The waves of radio sound made the room a funhouse.&nbsp;&raquo;4 (&laquo;&nbsp;Le son des ondes radio remplissaient la pi&egrave;ce de joie&nbsp;&raquo;).<br \/>\n\tAlan Salomon &eacute;crivit : &laquo;&nbsp;Fives pieces in the round with sound.&nbsp;&raquo;5 Cela r&eacute;sumait bien la composition de l&#39;assemblage.<br \/>\n\tIl faut rappeler l&#39;influence d&eacute;cisive sur Rauschenberg de l&#39;enseignement du compositeur John Cage au Black Montain College, son go&ucirc;t pour le m&eacute;lange des cat&eacute;gories, l&#39;ouverture de l&#39;&oelig;uvre sur la vie. Ainsi, d&egrave;s 1953, ses &oelig;uvres int&egrave;grent toutes sortes d&#39;objets et de mati&egrave;res h&eacute;t&eacute;roclites, n&#39;appartenant pas au registre habituel de l&#39;art. Ces montages o&ugrave; se m&ecirc;lent objets trouv&eacute;s (bouteilles, chaises, ficelle, etc.), d&eacute;chets, mati&egrave;res naturelles et journaux, Robert Rauschenberg les nomme &laquo;&nbsp;Combine Paintings&nbsp;&raquo;, c&#39;est &agrave; dire des &oelig;uvres combin&eacute;es qui &eacute;vitent les cat&eacute;gories (peinture, sculpture, collage). Oracle est une transposition dans l&#39;espace et le son des ses premi&egrave;res Combine Paintings.<br \/>\n\tRauschenberg avait d&eacute;j&agrave; utilis&eacute; trois radios dans sa Combine Painting de 1959 &laquo;&nbsp;Broadcast&nbsp;&raquo; et dans une s&eacute;rie de peinture de 1960 desquelles &eacute;mergeaient des sons que chaque spectateur pouvait contr&ocirc;ler. Il avait &eacute;galement con&ccedil;u un &laquo;&nbsp;environnement sculptural&nbsp;&raquo; dans le labyrinthe du Stedlijk avec Tinguely et Niki de Saint Phalle, dans lequel il avait incorpor&eacute; le son d&#39;une pompe &eacute;lectrique qui envoyait de l&#39;air dans un tube rempli d&#39;eau et des horloges qui tournaient &agrave; des vitesses diff&eacute;rentes.<br \/>\n\tEn 1997, Experiments in Art and Technology fabrique et installe un nouveau syst&egrave;me avec la participation financi&egrave;re de Robert Rauschenberg et en fait don au centre Georges Pompidou.<br \/>\n\tPour Rauschenberg, Oracle repr&eacute;sente l&#39;aboutissement d&#39;une recherche sur les collages sonores, destin&eacute;s &agrave; entrer en contrepoints avec les collages visuels. Pour Jean-Yves Bosseur, Oracle permet de vivre et d&#39;entendre la r&eacute;alit&eacute; dans ce qu&#39;elle a de fondamentalement exp&eacute;rimentale. Pour lui, voir et entendre dans le pr&eacute;sent rompt avec l&#39;illusion artistique.6<br \/>\n\tRauschenberg souhaitait cr&eacute;er une sculpture comme un orchestre dans laquelle le spectateur pouvait &ecirc;tre le conducteur. Les radios diffusent une cacophonie continuellement changeante de sons issus du monde r&eacute;el qui &eacute;manent de chaque pi&egrave;ce de la sculpture. Oracle ouvre un contact auditif avec la ville, il est un concentr&eacute; de sa situation. L&#39;&oelig;uvre est &agrave; la fois finie et non-finie, elle ob&eacute;it &agrave; une programmation pr&eacute;cise mais son programme est modulable et ouvert. L&#39;ambiance feutr&eacute;e du mus&eacute;e est rompue par une circulation d&#39;eau et de sons. Cette association eau &ndash; son est troublante par le contraste &eacute;tablit entre l&#39;&eacute;mission d&#39;une musique naturelle et celle d&#39;une musique fabriqu&eacute;e.<br \/>\n\tAlan Salomon, d&icirc;t alors qu&#39;Oracle refl&eacute;tait le sens de l&#39;humour sp&eacute;cial de Rauschenberg ainsi que son hilarant sens de l&#39;absurde juxtaposition.7<br \/>\n\tUn oracle dans le Littr&eacute; est, chez les pa&iuml;ens, la r&eacute;ponse de la divinit&eacute; &agrave; ceux qui la consultaient ; elle se rendait dans les temples et autres lieux consacr&eacute;s par la religion. La divinit&eacute; m&ecirc;me qui rendait des oracles. (Aller consulter l&#39;oracle).<br \/>\n\tAinsi, Oracle repr&eacute;sentant la vie quotidienne (baignoire, fen&ecirc;tre, t&ocirc;le, etc. trouv&eacute;s dans les rues de New-York) serait la divinit&eacute;, ce en quoi nous croyons (en mat&eacute;riel, objets de consommation) qui plus est situ&eacute;e dans le temple de l&#39;art, le mus&eacute;e. Cette divinit&eacute; moderne nous d&eacute;voilerait l&#39;oracle, les bruits de la ville, la musique, la radio tel un message brouill&eacute;. Le son conf&egrave;re &agrave; l&#39;&oelig;uvre ses caract&egrave;res dramatique et dr&ocirc;le de plus que le spectateur peut lui m&ecirc;me changer la fr&eacute;quence de l&#39;oracle. Le son fait ici partie int&eacute;grante de l&#39;intention de Rauschenberg de m&ecirc;ler l&#39;art et la vie. La vie quotidienne avec des objets et des sons quotidiens. On capte simultan&eacute;ment Alger, Paris, Budapest, Milan. Les radios nous rappellent la dimension universelle du sujet moderne : le monde est un collage h&eacute;t&eacute;roclite de sons simultan&eacute;s.<br \/>\n\tLes sons que l&#39;on entend ne se reproduiront plus. L&#39;Oracle est ici une divinit&eacute; bien pr&eacute;caire, le sens qu&#39;il d&eacute;livre n&#39;est jamais d&eacute;finitif, la v&eacute;rit&eacute; est un devenir perp&eacute;tuel.<br \/>\n\tProche de certaines machines de Tinguely (qui a &eacute;galement cr&eacute;&eacute; des sculpture radiophoniques), cet environnement de machines vivant de leur vie propre, interrogeant les relations de la Junk Culture et de la technologie, est cependant chez Rauschenberg plus tragique que ludique.<\/p>\n<p>Ana&iuml;s Rolez<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>1KOTZ, 1990. P. 134.<br \/>\n\t2Ibid.<br \/>\n\t3Ibid.<br \/>\n\t4Cit&eacute; in KOTZ, 1990. p. 135.<br \/>\n\t5Phrase &eacute;crite par Alan Salomon dans le carton d&#39;invitation pour la premi&egrave;re exposition d&#39;Oracle &agrave; la galerie Leo Castelli de New York en 1965.<br \/>\n\t6BOSSEUR, 1998. P. 82.<br \/>\n\t7Cit&eacute; in KOTZ, 1990. p. 135.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" allowfullscreen=\"\" frameborder=\"0\" height=\"315\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/LUGMwVX1oBE?rel=0\" width=\"560\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>sculpture et installation radiophonique.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3,6,40],"tags":[42,124,65,110],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/858"}],"collection":[{"href":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=858"}],"version-history":[{"count":7,"href":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/858\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1749,"href":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/858\/revisions\/1749"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=858"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=858"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/philippelanglois.net\/lcd\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=858"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}